La philosophie effective chez René Girard

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lundi 31 octobre 2005

La pensée de René Girard sur base des Choses cachées depuis la fondation du monde

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Le but de ce texte est d'être une synthèse articulée et condensée de l'anthropologie fondamentale de Girard, en ce compris le premier chapitre du livre. Nous avons attaché un soucis particulier au travail de définition des concepts et de la fonction de chacun dans le développement de la théorie. Le lecteur trouvera, situées dans les notes en bas de pages, des précisions et des exemples sur les concepts introduits, ainsi que des remarques de méthode.

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La thèse de René Girard vise à trouver le principe explicatif de la diversité des cultures. Sa prétention est de réduire la multiplicité des phénomènes culturels à l'unité d'un principe.

But : trouver un principe unique permettant d'expliquer toutes les cultures 1.

Nous avons donc besoin de trois éléments pour remplir cet objectif :
1. de désigner ce principe
2. de désigner en quoi consiste la diversité des cultures
3. de montrer comment le point 2. peut s'expliquer entièrement par le point 1.

1. Le principe unique

Girard reconsidère cette question de la réduction à un principe unique, et propose une solution.

Quel est ce principe ? La mimésis d'appropriation : l'imitation d'un comportement d'appropriation d'une ressource, parce que cette ressource est déjà désirée 2. [(p.14), point A]

Exemple type : désirer la même femme ou le même homme génère immédiatement une violence entre les prétendants. Désirer le même poste au sein d'une administration met les personnes en conflit. De façon générale, désirer une même ressource unique provoque le conflit3.

La démonstration de la validité de ce principe se base sur des faits expérimentaux 4.

Ces comportements d'appropriation simultanés vont créer des conflits au sein de la communauté. Conflit pour les femmes les plus en vue, pour le territoire le mieux placé, la meilleure nourriture, etc.

Le conflit émergeant d'une mimesis d'appropriation est appelé un conflit mimétique.

Toute communauté a donc pour souci de réguler les conflits mimétiques, issus de la mimesis d'appropriation, c'est-à-dire d'empêcher la guerre de tous contre tous.

2. La diversité des cultures : les interdits et les rituels

La diversité des cultures consiste, pour la sociologie et l'ethnologie, en deux grands piliers des sociétés humaines : l'interdit et le rituel.

L'interdit est une règle que s'impose une communauté.

Le rituel est un comportement de groupe qui consiste à violer tous les interdits.

Le rituel est un état de conflits mimétiques étendus à toute la société, où tous les interdits sont levés, qui se conclut par le sacrifice (symbolique ou non) d'un membre de la communauté ou d'un animal. On parle de crise mimétique 5.

3. Réduire les interdits et les rituels au principe unique

Les interdits et les rituels, deux grands piliers de la cultures, ont justement pour fonction de réguler la violence des conflits mimétiques. Si bien qu'il se présentent tous deux comme une solution différente au problème des conflits mimétiques au sein de la communauté, conflits issus de la mimésis d'appropriation.

a) les interdits

« Il n'y a pas d'interdit qui ne se ramène au conflit mimétique, dont nous avons défini le principe dès le début de nos recherches » 6.

L'interdit a pour fonction de prévenir toute mimesis d'appropriation.

Quelle preuve en avons-nous ? Cette preuve repose aussi bien sur l'aspect cohérent que propose la théorie girardienne mais surtout sur les faits observés dans les sociétés primitives. Bon nombre d'interdits sont considérés comme absurdes (c'est-à-dire non explicable) par les théories classiques. L'interdit des miroirs, des reflets, des jumeaux sont des exemples d'interdits qui étaient difficilement explicables dans les théories classiques. Si l'on considère la mimesis d'appropriation, ces interdits deviennent rationnels.

L'interdit se ramène, logiquement et empiriquement, à ce principe unique qu'est la mimesis d'appropriation.

b) les rituels

Le rituel a pour fonction de réguler le conflit mimétique
1. en créant une victime considérée comme la cause désignée de la violence dans la communauté et
2. en expulsant la cause désignée de la violence hors de la communauté au moyen de son sacrifice.

Cette expulsion est nommée le sacrifice victimaire. On parle également de victime sacrificielle.

Deux questions se posent :
1. Comment en arrive-t-on au sacrifice ?
2. Pourquoi le sacrifice victimaire résout-il le problème de la violence des conflits mimétiques ?

1. Comment en arrive-t-on au sacrifice ?

Le rituel lève tous les interdits, donc les rivalités sont exacerbées puisque tous les membres de la communauté ont accès à tout et à tous : il n'y a plus de régulation entre les rivaux, les interdits ne peuvent plus remplir leur fonction. Dans cette situation, le problème n'est plus l'objet mais l'autre. Le conflit se polarise sur autrui. En l'absence d'interdits, chaque rival réalise que c'est l'autre qui pose problème, puisque ce que les interdits faisaient, c'était garder chacun à distance l'un de l'autre. Ici tous les rivaux sont en contact. Ils sont donc un problème pour chacun d'entre eux.

Il y a donc une substitution de l'objet par l'antagoniste : Girard appelle cela une substitution mimétique d'antagoniste. On déplace l'objet vers l'antagoniste. Cela signifie qu'on veut être à la place de l'antagoniste (des autres antagonistes). On passe d'une situation triangulaire (antagoniste – objet – antagoniste) à une situation binaire (antagoniste – antagoniste) : l'opposition directe n'est plus médiatisée par l'objet. Nous passons d'une mimesis d'appropriation à une mimesis de l'antagonisme, où l'on veut être à la place de l'autre.

Pourquoi dans ce contexte, se crée-t-il une opposition de tous contre un ? Girard postule un principe de contagion. Tout comme dans la mimesis d'appropriation (MAP), plus le nombre d'individus désirant la même chose est élevé, plus grande est l'attraction de cet objet pour les autres. Dans la mimesis de l'antagonisme (MAG) le même principe de contagion est effectif. Plus le nombre d'antagonistes opposés à un autre est élevé, plus grande sera la tentation pour les autres de s'opposer à ce même antagoniste choisi par les autres. Cette spirale, cette contagion, va donc aboutir à la situation d'une opposition de tous contre un.

2. Pourquoi le sacrifice victimaire résout-il le problème de la violence des conflits mimétiques ?

La communauté se retrouve au final de nouveau unie contre un même obstacle, le dernier antagoniste contre lequel tous se sont opposés. Dans le sacrifice de celui-ci, la communauté se persuade qu'il était la cause de tout le mal à l'oeuvre en son sein. Se retrouvant soudainement privée d'adversaire, la communauté se réconcilie avec elle-même. « Le retour au calme paraît confirmer la responsabilité de cette victime dans les troubles mimétiques qui ont agité la communauté » 7. De nouveau se produit une unification, la communauté se retrouve à nouveau soudée.

Conclusion

Girard montre comment du principe anthropologique de la mimesis d'appropriation, on peut réduire aussi bien les interdits que les rituels. Tous deux sont une réponse différente au même problème du conflit mimétique issu de la mimesis d'appropriation. Les interdits séparent les antagonistes potentiels ; les rituels les réunissent à nouveau dans le sacrifice d'une victime.

Le sacrifice victimaire a un effet saisissant sur la communauté puisqu'elle passe de la division violente la plus totale à la réunion pacificatrice dans le sacrifice. Sur base de ce sacrifice, la communauté s'efforcera d'interdire les comportements qui ont mené au désordre d'une part, et de reproduire le rituel pacificateur avec son sacrifice d'autre part. En ce sens, c'est le sacrifice victimaire, sur fond du problème anthropologique de la mimesis d'appropriation, qui fonde et les interdits et les rituels, c'est-à-dire la culture.


Quentin Delval & Stéphane Zampelli
quentin_delval@amha.be
stephane_zampelli@amha.be



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1 Pourquoi cette recherche d'unité pose-t-elle problème ? Car l'état de la question nie la possibilité d'une telle réduction. Et l'état de la question est dominé par le point de vue du structuralisme.

Le structuralisme défend la thèse que le sens de chaque signifiant dépend d'un autre pour un système culturel particulier, et qu'il est donc impossible de définir leur sens de l'extérieur de ce système culturel. Les systèmes culturels sont incommensurables : on ne peut trouver une unité de mesure unique qui permettrait de les comparer.

Le structuralisme pense donc comme impossible la réduction des cultures à un principe unique. En particulier, les concepts comme humanité, religieux, culture ne peuvent être réduits à un principe unique transculturel. On ne peut penser le religieux en tant que tel, ou l'homme en tant que tel, mais toujours dans une culture particulière.

La thèse du structuralisme s'oppose essentiellement à la thèse de René Girard.

2 La mimesis d'appropriation est un postulat anthropologique. Il défend l'idée que l'on désire une chose parce qu'autrui le désire. Autrement dit, ce serait parce que quelqu'un désire autre chose qu'on la désire aussi. Ce postulat demande vérification expérimentale et semble trouver écho dans les expériences menées en psychologie, notamment chez les enfants.

Conséquence : la violence n'est pas conditionnée par la disponibilité des ressources. Ce n'est pas parce que l'on pourrait imaginer un modèle où toutes les ressources sont disponibles en infinité, c'est-à-dire où la probabilité que deux personnes désire une même ressource est infime, que la question de la violence est résolue.

Girard défend l'idée que la mimesis d'appropriation est inhérente à toute communauté.

Naturellement la mimesis peut provenir d'une raison fortuite également, c'est-à-dire que deux personnes peuvent converger vers un même objet fortuitement.

3 Cette compréhension de l'imitation est originale. Selon Platon la mimesis n'est pas appropriative, elle n'est imitation que de l'image, du comportement, des représentations et pas des intentions. Cette vision de l'imitation empêche de considérer les comportement d'appropriation comme étant imitables.

4 Avec quelle méthode René Girard va-t-il prouver que ce principe de mimesis d'appropriation est bien le principe réducteur de la diversité des cultures ? La méthode démonstrative qu'utilise René Girard relève de l'hypothèse scientifique, dans le sens où elle utilise la méthode hypothético déductive des sciences. Il ne s'agit pas d'une réflexion métaphysique a priori. Le principe a valeur d'hypothèse et il s'agit de le vérifier empiriquement à partir des données des sciences humaines. Autrement dit, la question est de savoir si la théorie de René Girard résiste à l'épreuve des faits matériels des sciences humaines. La validité de la thèse de René Girard repose sur la falsification.

Cette possibilité de la falsification est une remarque importante car il échappe à l'objection faite à la psychanalyse formulée par Popper selon laquelle la psychanalyse n'est pas falsifiable.

5 Exemples d'interdits :

1. Interdit de meurtre, d'incestes, etc.

2. Interdit de toute conduite imitative, copier les gestes, répéter les paroles.

3. Interdit des miroirs, des images des personnes.

4. Interdit des jumeaux.

5. Interdiction du théâtre.

6. Interdiction de toutes les images.

Les rituels peuvent être très variés, mais se représentent le mieux en de sorte de bagarres généralisées, où tous les interdits sont levés. On peut forniquer avec toutes les femmes, commettre l'adultère, imiter les membres de la communauté, etc. Ils se terminent en général par le sacrifice (symbolique ou non) d'un membre de la communauté ou d'un animal.

6 p.28.

7 p.42.

Introduction au "bouc émissaire".

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Cet article explique, dans les grandes lignes, la théorie de René Girard concernant les persécutions collectives et le mécanisme du bouc émissaire. En d'autres termes, notre auteur explique comment se créent des situations où surgit une violence écrasante qui mobilise les foules. Quand ce genre de violence survient, il y a des victimes, qui ne sont pas choisies par hasard. En effet, le mécanisme du bouc émissaire explique comment sont choisies les victimes persécutées par les foules en colère. Ce que Girard donne ici, c'est un moyen de comprendre les origines de la violence et les attitudes de l'homme pour en sortir. Étrangement, ce sont parfois les mêmes raisons qui valent dans les deux cas.
Ainsi, le thème qui intéresse René Girard dans cet ouvrage est la compréhension des persécutions collectives à l'égard de groupes minoritaires dans une société. Que signifie « persécution collective »?

« Par persécutions collectives, j'entends les violences commises directement par des foules meurtrières, comme le massacre des juifs pendant la peste noire »

Il faut bien comprendre, pour commencer, que l'idée de collectivité implique nécessairement celle de groupes minoritaires : dans toute société, on trouve des exclus, des gens un peu à part, et on a le sentiment qu'il est impossible qu'une société sans exclusion existe. C'est peut-être intuitivement une drôle d'idée : pourquoi, en effet, ne pourrions-nous pas imaginer une société dans laquelle chacun soit effectivement l'égal de l'autre, et dans laquelle tout le monde vit en harmonie et dans le respect? C'est ce que ce livre de Girard, le bouc émissaire, explique en grande partie. Parce qu'une chose étrange, c'est que les exclus sont souvent la cibles de grandes violences, physiques ou verbales, alors que dans les fait ils sont rarement la source de nuisances qui gênent la société dans son ensemble.

Les victimes de ces persécutions, dont notre auteur va tenter une analyse complète, sont ce qu'il appelle les bouc émissaires. Girard va se livrer à une analyse des persécutions : comment se déclenchent-elles, pourquoi, comment fonctionnent-elles dans le choix d'une victime? Quels sont les mécanismes qui motivent et sous-tendent ce genre d'événement? On verra très vite le mécanisme du sacrifice, déjà révélé dans des choses cachées depuis la fondation du monde, traverser toute l'analyse.

Les persécutions sont un élément très intéressant pour la réflexion contemporaine sociale et philosophique. Et même, en réalité, au niveau individuel. Les mécanismes expliqués ici se retrouvent à petite échelle dans bon nombre de situations de la vie quotidienne.

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Voici déjà un terme important : mécanisme. Qu'est-ce qu'un mécanisme, ici? C'est un enchaînement dans les comportements humains auquel les individus semblent ne pas pouvoir résister, et qu'ils effectuent sans même s'en rendre compte. On peut comparer un mécanisme social à un mécanisme biologique : par exemple, respirer. La plupart du temps, nous respirons automatiquement, sans y prêter attention. Nous effectuons le mécanisme de la respiration. On peut aussi comparer un mécanisme social à celui d'une machine : une série de causes et d'effets produisent un résultat, comme appuyer sur l'accélérateur et tourner le volant permettent à la voiture de bouger. Dans l'idée de mécanisme, il y a ces deux aspects : d'une part les personnes qui sont prises par le mécanisme ne s'en rendent pas compte, et d'autre part elles agissent selon une série de causes et d'effets qui vont produire à un résultat bien déterminé. Un mécanisme mène toujours au même résultat si on l'applique deux fois de la même façon. Ainsi, le mécanisme du bouc émissaire, ou le mécanisme de la persécutions vont-ils toujours mener aux même situations.

Il est également très intéressant d'observer autour de soi comment, dans notre société contemporaine qui prétend avoir dépassé le stade de la persécution, se créent et sont sacrifiés chaque jour une série importante de bouc émissaires. D'autre part, de nombreuses régions du monde sont encore enfermées dans la perpétuation de ces mécanismes de violence, et on pourra trouver ici des éléments importants et facilement manipulables pour arriver à mieux lire une actualité mondiale qui nous dépasse souvent par son absurdité, et qui donne l'impression de n'avoir ni début ni fin.

C'est d'ailleurs précisément l'objet de ce weblog que de recenser à la lumière des théories de René Girard les occurrences régulières de la bouc-émissarisation dans notre société.

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Que sont les persécutions?

Les causes.


Quelles sont les causes des persécutions, à travers l'histoire et dans toutes les régions du monde?
Le premier élément est l'émergence d'une situation d'aplatissement des ordres culturels, ce que l'on appelle « l'indifférenciation », dans laquelle les institutions perdent leur pouvoir, leur légitimité, et cessent (ou presque) de fonctionner.

 

Il est nécessaire de bien expliquer ce que tout ceci signifie.

  • Commençons par ce qu'on appelle « l'émergence d'une situation ». Quand on dit qu'une situation « émerge », cela signifie qu'une transformation de la vie en société se fait subrepticement à l'intérieur de celle-ci, sans prévenir. Quelque chose change tout doucement, et un beau jour la situation a changé, mais personne ne réalise vraiment pourquoi, parce qu'aucune cause extérieure visible n'est venue perturber les choses. Tout d'un coup, les gens ne s'entendent plus, alors qu'ils s'entendaient avant. Mais personne n'arrive à saisir pourquoi. On dit qu'une situation a « émergé ».
  • Ensuite, que signifie « l'aplatissement des ordres culturels »? Que sont les ordres culturels? C'est tout ce qui, dans une société, donne une place à chacun. Nous sommes tous égaux en droit, mais dans les faits, chacun occupe une place différente dans la vie de tous les jours. Il suffit de penser au nombre de métiers différents qui existent. Nous avons tous une place sociale. Celle-ci est rendue possible par les institutions. Ce sont les ordres culturels : ils définissent ce que chacun peut faire quand il est à telle ou telle place dans la société : un plombier et un avocat n'ont pas les mêmes actions dans la société, tout comme un artiste et un sportif non plus. La société crée des « ordres », des « hiérarchies », mais qui se veulent respectueuses. Nous dirons « horizontales ». L'avocat n'a pas plus de valeur humaine en face du plombier, mais ils ne peuvent prétendre aux même occupations. Chacun son rôle, en somme. L'aplatissement des ordres culturels, c'est quand on ne fait plus la différence entre les personnes, et quand les institutions non plus. Plus rien ne se retrouve à sa place, les relations entre les gens sont perturbées.
  • C'est ce que signifie le terme d'indifférenciation. « Quand tout cesse d'être différent ». Autrement dit, quand tout devient le même. Un état d'indifférenciation, c'est une situation où on arrive plus à faire la part des choses, où les distinctions habituelles deviennent floues. Il est important de comprendre ici que « indifférencier », cela revient à « rendre pareil ». On peut, pour prendre un exemple, penser aux situations où des gens se sentent non-respectés pour cause d'indifférenciation. Un adolescent dit bonjour à son père comme si c'était un vulgaire copain, et le père s'énerve, il lui dit « tu ne me parles pas comme à n'importe qui ». Ce qui s'est passé, c'est que le père ne se sent pas respecté parce que la façon que son fils a eu de lui parler revenait à l'indifférencier, c'est-à-dire à ne pas prendre en compte sa différence par rapport aux autres personnes que fréquente son fils. Son fils l'a traité comme si il était le même que ses copains. Il n'a pas marqué de différence. Manque de différence et « mêmeté » sont ici totalement liés l'un à l'autre. Il faut garder à l'esprit que parler d'indifférence c'est aussi parler de même, et réciproquement.
  • Venons-en à la légitimité des institutions. Tout d'abord, qu'est-ce qu'une institution? C'est un organisme officielle qui remplit une fonction au sein de la société. Il s'agit d'un groupe souvent large de personnes qui assurent le fonctionnement d'un aspect ou l'autre de la vie en société. Les institutions sont censées régler les problèmes de la vie en communauté, parce que toute société recèle des conflits. Les gens se disputent, font des accidents de voiture, s'assassinent, etc. Les institutions regroupent des gens qui sont compétents pour s'occuper de tel ou tel aspect, et ce sont les actions des institutions qui ont une valeur reconnue par toute la communauté. Cette valeur, c'est ce qu'on appelle la légitimité d'une institution. Cela signifie que les décisions qu'elle prend et que ses actions sont acceptées par la communauté comme étant valables et qu'il faut les respecter. La légitimité c'est aussi en quelque sorte l'autorité d'une institution. La police est une institution, les administrations aussi. Quand une institution perd sa légitimité, cela signifie que plus personne ne l'écoute. On fait comme si elle n'avait plus aucune autorité.

La première cause de l'apparition des persécutions collectives, c'est donc cet aplatissement des ordres culturels, cet état des choses où les institutions perdent leur légitimité. La société se retrouve comme dans un état apocalyptique : tous les repères sont perdus, personne ne sait qui a raison, qui il faut écouter, qui est coupable des problèmes qui continuent de se poser chaque jour.

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La disparition de la différence des ordres culturels signifie notamment que tous les membres de la société souffrent d'une calamité de la même façon. Riches ou pauvres, les hommes subissent une situation qui affecte la collectivité dans son entièreté.

On a dit que les institutions jouent un rôle qui est de s'occuper des aspects problématiques dans le fonctionnement d'une société. Il faut approfondir un peu cette définition pour comprendre la suite. Ce que font les institutions, plus généralement, à un niveau plus « philosophique », c'est jouer le rôle de médiateur entre les individus. Quand on conflit éclate entre plusieurs personnes, l'institution est là avec ses règles pour départager les individus, elle est l'autorité. Elle va trancher de la façon la plus juste possible. Si les institutions n'existaient pas, deux personnes en désaccord et sans autorité extérieure pour trancher n'auraient d'autre choix que de se battre pour déterminer le gagnant. Par exemple lors d'un accident de voiture, si il n'y avait pas de code de la route, ni de police, ni de tribunaux, les conducteurs auraient vite fait de se casser la figure pour déterminer qui a tort ou raison (et même avec tout ça, ils le font parfois). Cela signifie que l'institution a un rôle de médiation : plutôt que de laisser les gens livrés à eux-mêmes, en prise avec le moment présent, ils peuvent compter sur elle pour régler les problèmes en son temps. Cette notion est très importante. L'institution a un effet crucial sur les conflits : elle permet de les gérer dans le temps. Lors de l'accident, les conducteurs font un constat, en avertissent la police, puis la justice fait son travail et une décision est rendue sur qui est responsable. Les conducteurs ne doivent pas en décider sur place, dans la minute, au moment présent. Le conflit est temporellement différé, remis à plus tard.

D'une manière plus générale encore, tout ce qui permet de différer les conflits joue le même rôle qu'une institution (du moins partiellement). Ainsi, une tradition avec ses règles informelles, ses habitudes, permet aussi de gérer les conflits dans le temps. Ce n'est qu'un exemple, mais cela explique que pour Girard, les institutions et en général les rapports de différence (par exemple les rapports entre personnes qui sont transmis par une tradition) servent à différer (temporellement) les échanges. Les échanges, ce sont les interactions entre les gens.

Nous expliquons toujours, ici, la première cause de l'apparition des persécutions, c'est-à-dire l'indifférenciation. L'aplatissement des ordres culturels. Mais un élément manque à l'explication pour l'instant : qu'est-ce qu'une culture? En effet, pour comprendre ce qu'il se passe dans un état d'indifférenciation, il faut aussi comprendre ce que c'est qu'une culture.

Or pour notre auteur, ce sont les systèmes d'échange qui sont (et font) les cultures.

La culture est ainsi définie par Girard comme étant un système d'échange.

  • Cette définition signifie beaucoup de choses en même temps :
    La culture est ce qui permet l'échange entre personnes dans une communauté, elle est, si on veut, l'ensemble des règles officielles ou non qui vont permettre à des gens de procéder à des rapports dans lesquels ils vont s'échanger des choses, des idées, des promesse,...
  • Un système d'échange signifie que ces échanges sont réglés, par des institutions ou autre mécanisme jouant le même rôle ; ce qui signifie aussi que les échanges prennent place dans le temps, ils sont différés, étalés, médiatisés... (c'est à dire pas immédiats).
  • Si la culture est un système d'échange, cela signifie qu'elle est basée sur la différence. En effet : si tout le monde possédait la même chose dans tous les domaines, il n'y aurait aucune nécessité d'échanger quoi que ce soit avec qui que ce soit. Toute culture, de part le fait qu'elle permet les échanges, suppose aussi que les membres de la communautés sont tous différents. Si ils ne l'étaient pas, la culture ne pourrait pas exister!

Or, comment pourrait-on appeller une situation dans laquelle tout le monde se ressemble, tout le monde est le même? Un état d'indifférenciation.

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L'indifférenciation signifie la fin de la culture. En crise, les échanges d'une société se « raccourcissent », et deviennent négatifs (c'est-à-dire violents) et immédiats. Ils ne sont plus médiatisés. Il se font dans le très court terme, « en direct », et ne passent plus par des conventions ou des dispositifs qui les régulent dans le temps. En état d'indifférenciation, comme tout le monde est « le même », les échanges n'ont plus de sens, ils ne peuvent plus prendre place dans le temps, ils ne peuvent plus être pris en charge (médiatisés) par les institutions. Tout se passe dans le très court terme, sans possibilité de faire autrement. Il n'y a plus de système d'échange. C'est la crise.

Un premier paradoxe apparaît dans la réflexion ici : bien qu'elle oppose les hommes les uns aux autres (dans un climat de violence généralisé) la situation d'indifférenciation uniformise pourtant les conduites (les comportements des gens), et c'est ce qui entraîne une prédominance du même.

Nous touchons ici à quelque chose de central car ici s'instaure le mouvement spécifiquement philosophique de l'analyse. Un dénominateur commun va unir les hommes : leur désunion totale. Le fait que tout le monde s'oppose donne un point commun à tout le monde. Le même émerge. Ce qu'il faut comprendre par là, c'est que toute situation qui peut se comprendre comme étant une situation dans laquelle il y a une prédominance du concept de « même » est dangereuse. Le « même » c'est un concept, donc c'est flou, c'est abstrait. C'est aussi, nécessairement, toute la force d'un concept, l'abstraction. C'est pouvoir englober des situations particulières sous une idée unique. Ici, l'idée, c'est que le même se manifeste et prédomine dans la réalité. Mêmeté et indifférenciation sont les deux faces d'une même pièce. Quand tout converge vers la mimesis, l'imitation, le même, la disparition des différences... la mécanique de la persécution peut commencer.

L'indifférenciation est vécue comme telle mais conserve une dimension « mythique », dans le sens où les hommes peuvent vivre cela alors que les circonstances réelles n'ont pas vraiment d'influence en ce sens. En d'autres termes : les circonstances réelles, les éléments « extérieurs » du monde réel ne poussent pas par eux-même à cette situation d'indifférenciation qui émerge quand même. Les hommes la vivent, mais ce sont eux-mêmes qui la font émerger et restent convaincus du contraire, étant persuadés de vivre une calamité qui s'abat sur eux. A cause de quelqu'un.

Girard appuie se permet d'affirmer cela par le fait que les descriptions de situations d'uniformité (c'est-à-dire d'indifférenciation) se retrouvent toujours semblablement décrites dans les textes, anciens ou récents. L'histoire nous enseigne que la prédominance de même s'accompagne toujours des mêmes circonstances sociales. Elle engendre toujours les mêmes mécanismes. C'est une thèse assez forte, qu'il faudrait nuancer bien entendu. Comme nous nous limitons ici à donner une introduction à la pensée de Girard, nous n'irons pas plus loin pour l'instant dans cette explication.

Mais cette indifférenciation est paradoxale aussi pour une autre raison : elle est solipsiste, elle est causée par un repli de l'individu sur lui-même. C'est un paradoxe car cette situation d'indifférenciation transformer une pluralité de personnes en « foule », alors que c'est par un réflexe individuel qu'elle émerge. Ce sont les individus qui se révoltent, et par là cessent d'être des individus pour se fondre dans une masse en colère. Notons ici que ce phénomène peut se dérouler à divers niveaux d'échelle : qu'il s'agisse d'une société entière ou d'un simple groupe de personnes, la mécanique reste pratiquement la même.

Cela correspond en fait très précisément au fait que l'indifférenciation est la fin du culturel. En effet : la fin du système d'échange (c'est-à-dire la culture) renvoie les hommes à eux-mêmes puisqu'ils n'ont plus de milieu pour avoir des contacts entre eux. Le medium, les contextes d'échange, disparaissent et séparent les individus les uns des autres. C'est donc la fin du culturel, la fin du collectif organisé. L'homme singulier se retrouve désemparé.

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Face à cet effacement du culturel, les hommes se sentent impuissants. Suivant la croyance selon laquelle connaître un phénomène permet de le maîtriser, il cherchent une explication à la dégradation des relations humaines de la société dans son ensemble. Puisqu'il s'agit de relations humaines qui se dégradent, on y cherche des causes humaines et/ou morales. Une cause humaine serait quelqu'un (une personne, un groupe...) agissant contre la société de façon physique (par des agressions, des dégâts matériels, etc.) ; une cause morale se définissant davantage comme un comportement qui enfreint les règles morales en vigueur dans la communauté, et dont on dira que c'est de cette infraction que sont nés les problèmes.

Et, de préférence, quelqu'un d'autre fera toujours mieux l'affaire que soi même. La foule cherche un groupe d'individus que l'on pourra identifier comme l'explication de la nuisance. Car il n'y a pas de fumée sans feu, comme on dit : tout effet a une cause qui l'explique. Il faut trouver laquelle. C'est le début du mouvement de la persécution, qui s'accompagne des accusations envers les persécutés. En effet, la foule qui cherche son bouc émissaire, sa victime, va l'accuser. De quoi?

De crimes ou de violences à l'encontre de personnes qu'il est horriblement criminel de violenter : père, enfant, autorité suprême...
De crimes sexuels, et/ou qui transgressent les plus grands tabous.
De crimes religieux : profanation, violations de tabous également...

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Nous touchons ici à la deuxième cause des persécutions. La première était l'état d'indifférenciation, la seconde est celle de l'accusation.

Pourquoi les persécuteurs accusent-ils de cela? Parce que ce sont là des crimes fondamentaux et on les invoque pour persécuter car ils tendent par leur nature à troubler l'ordre culturel même. C'est pourquoi en accuser quelqu'un permet de lui donner une valeur explicative concernant la crise vécue par la société. Ils détruisent, par ces crimes, le lien social. Il est par exemple clair que l'acte de pédophilie, de parricide ou d'inceste semble tellement immoral qu'aucune société ne peut accepter en son sein des individus qui les pratiquent.

Mais les persécuteurs doivent pouvoir faire le lien entre un petit groupe d'individus et leur capacité à nuire à la collectivité toute entière : comment un petit groupe peut-il être la source d'une nuisance qui touche à tous?

Ce lien est effectué par ce que l'on appelle les accusations stéréotypées. C'est cet acte même d'accusation qui est important pour faire le lien, car il mélange une représentation que les persécuteurs se font des persécutés, et leur action persécutrice. Ils mélangent l'idée qu'ils se font de leurs victimes et leur action de persécution. C'est simplement sur base de l'image que les persécuteurs se font des persécutés que va se justifier leur acte de persécution.

La terreur de la perte du culturel cause l'indifférenciation et provoque ce mécanisme accusatoire, qui a lui aussi une fonction. Celle de faire un retour à la normale par le sacrifice du bouc émissaire.

Le bouc émissaire, la victime, avait, on l'a dit, pour fonction d'être l'explication de la nuisance. C'est donc tout logiquement que l'accusation a elle aussi la fonction de répondre aux besoins de la collectivité, un besoin de normalité. Puisque le bouc émissaire est la source du problème, l'éliminer revient à éliminer le problème.

Faisons un bref rappel des Quels sont les stéréotypes (ou causes) de la persécution :

Stéréotype 1 : l'indifférenciation.
Stéréotype 2 : l'accusation stéréotypée.
Stéréotype 3 : les traits universels de sélection victimaire (culturels, religieux, physiques).

On a déjà parlé des deux premiers stéréotypes qui permettent de détecter que nous sommes face à une persécution. Le troisième est important, car il explique comment la foule choisit son bouc émissaire.

Elle va lui trouver des traits particuliers qui vont la désigner comme étant la victime. C'est ce que l'on appelle les traits (de sélection) victimaires. Ces signes victimaires peuvent être réels ou non. On trouve par exemple parmi ceux-ci le handicap physique, ou mental. Les handicapés, nous rappelle Girard en guise d'illustration, sont toujours l'objet de discriminations sans commune mesure par rapport aux nuisances réelles qu'ils occasionnent à la fluidité des échanges sociaux.

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La troisième cause, le troisième déclencheur, de la persécution : les traits victimaires.

Les traits victimaires vont en fait servir à désigner quelqu'un comme étant anormal. L'anormalité polarise la violence autour d'elle, à quelque extrême que ce soit. Cela signifie que ce sont les personnes qui dénotent qui seront sélectionnées comme victimes, qu'elles soient pauvres, ou riches, laides, ou très belles. Ils sont différents au sein même de cette situation d'indifférenciation. Parfois cette différence est réelle, comme dans le cas du handicap physique. Parfois la foule va juste inventer un trait distinctif pour justifier son action persécutrice (par exemple, dire que tel groupe de personne ne contient que des voleurs, etc.).

C'est pour cela que les minorités ethniques ou religieuses, ou tout simplement les personnes mal intégrées ou distinctes polarisent contre elles les majorités.

Ce que Girard dit, donc, c'est qu'au sein de cette situation d'indifférenciation, certains individus vont quand même être (ou être désignés comme étant) différents de tous les autres. Mais comment définir la différence dont il est question dans l'indifférenciation puisqu'il existe des différences culturelles et différents signes victimaires. Est-ce que c'est simplement une différence culturelle qui va faire en sorte qu'un groupe minoritaire va être accusé? Ou est-ce plus compliqué? Il y a deux types de différence, ici. D'une part une différence liée à la culture, l'autre liée aux signes victimaires.

Quelle est la signification de la différences par les signes victimaires? Ils signifient que la différence survient « hors système », dans le sens où, au sein d' pour un même système (une culture, un groupe, une société...) il y a toujours des différences entre les individus au sein de ce système. Mais quand le système diffère de sa propre différence, c'est-à-dire quand il est plongé dans l'indifférenciation, il cesse d'être un système. La différence au sein du système est une situation normale. C'est bien pour ça que notre auteur peut définir la culture comme un système d'échange : si on s'échange des choses, c'est bien parce que nous sommes tous différents ; si nous étions tous semblables, avoir des échanges n'aurait aucun intérêt. Quand tout s'aplatit, que tout est indifférencié, la différence du système diffère d'elle-même. Les individus ne sont plus différents entre eux, ils deviennent une foule.

La différence que l'on appelle « hors système » c'est une différence, la seule, qui subsiste dans l'indifférenciation générale qui accable le système de départ. Celle-ci révèle la vérité du système lui-même, dans le sens où elle montre sa fragilité. C'est pour cela qu'elle est monstrueuse. Quand on accuse quelqu'un d'être différent, on ne l'accuse pas vraiment d'être différent en tant que tel, mais de ne pas l'être « comme il faut ». A la limite, on peut même l'accuser de ne pas différer du tout.

Ainsi, c'est quand la différence dans un système est menacée que l'on a recours à la persécution, car ce qui fait peur, c'est l'indifférenciation (la fin du culturel, la fin des échanges). Le même, la mêmeté. Les humains détestent cela.

Par conséquent, la création du culturel, c'est-à-dire du système d'échange, passe par la possibilité au sein d'un système d'être dans une situation de différence. En effet, comment un système d'échange pourrait-il fonctionner si tout le monde était le même. Il n'y aurait plus rien à échanger. L'échange suppose lui-même la possibilité de la différence. La culture suppose la différence, et quand la mêmeté surgit, la culture est menacée, le système en tant que système est mis en péril.

Ce qui fait le sens de la persécution, donc, c'est de donner une valeur explicative aux victimes de celle-ci pour le fléau que subit la communauté. La pression effectuée sur les victimes par la foule est telle que celles-ci ne peuvent généralement pas se justifier. Désignées comme victime, la réalité de leurs crimes n'a plus aucune importance, car aux yeux de la collectivité, elles sont l'explication du fléau, et leur suppression supprimera celui-ci.

C'est ce que l'on appelle le mécanisme sacrificiel. C'est par ce mécanisme que s'effectue le retour à la normale. Le mécanisme du bouc émissaire, qui revient donc dans une situation de crise à désigner un coupable, qui sera accusé d'être la source d'un gros problème, et qui sera désigné en fonction de signes victimaires qu'il présente (tout ce qui le rendra anormal aux yeux des autres), a pour fonction de permettre à la société de sortir de la crise.

Plus fort encore : la communauté va réussir à se ressouder autour de l'accusation qu'elle adresse au bouc émissaire, qui finit par jouer un rôle d'unification de celle-ci, un rôle de créateur d'une communauté par le fait qu'il oppose tout le monde contre lui.

Le bouc émissaire, comment s'en passer?

Intentions fondatrices du weblog.

René Girard. Un nom peu connu du "public", et parfois peu connu des sociologues ou philosophes eux-mêmes. Nous avions l'intention, en créant ce weblog, de rassembler ce que nous pouvions trouver comme illustrations concrètes de sa pensée en un même endroit.

Que ce soit dans la littérature, la presse, les situations vécues, l'histoire... Mettre ici les textes qui permettent par l'exemple d'illustrer et d'approfondir la pensée des mécanismes de la violence, le désir mimétique, l'indifférenciation, le bouc émissaire, le sacrifice, la création de culture...

Car il y a une dimension fondamentale dans la pensée de René Girard qui se veut celle de la concrétude. Ses thèses sont falsifiables, testables empiriquement (et philosophiquement). Une pensée difficile, d'ailleurs, car elle prétend réunir en un concept universel l'explication de la diversité des cultures. Il propose une explication génétique de celles-ci, dans laquelle la violence joue un rôle prépondérant.

Une prétention à l'universalité qui a de quoi énerver, une référence au religieux à travers le message du christ qui a de quoi faire frémir la plupart d'entre nous. Et pourtant. Que les exemples qui suivront puissent éclairer la profondeur de cette pensée, sa radicale verticalité, qui traverse tous les champs de la pensée et l'expérience ; voilà qui serait intéressant.

Derrière notre initiative, le but implicite de toute activité intellectuelle : la création de connaissance, par la critique. Créer l'épreuve, créer le déséquilibre. Déconstruire, reconstruire, dépasser. Nous allons donc sur ce site répertorier et si possible commenter tout ce que nous allons trouver dans notre existence qui fasse écho aux théories fondamentales de René Girard sur la violence, les persécutions, etc. Au fil du temps devrait s'élaborer une pensée plus claire, plus critique et ciblée sur ces phénomènes et leurs modèles d'explication.

Dans la mesure du possible, nous reproduirons les textes ou tâcherons de rendre en prose les expériences vécues qui auront servi de support à la réflexion, en indiquant les sources, par des liens ou références bibliographiques si possible. Dores et déjà nous pouvons indiquer que les deux ouvrages essentiels à l'origine de notre démarche sont :

GIRARD, R., Des choses cachées depuis la fondation du monde, Paris, Le livre de poche, 1978.

GIRARD, R., Le bouc émissaire, Paris, Le livre de poche, 1982.

Nos deux prochains articles présenteront sommairement les idées, les thèses de René Girard et leurs implications pour les sciences humaines et la vie dans ce qu'elle a de plus concret.

Quentin Delval & Stéphane Zampelli.

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