La philosophie effective chez René Girard

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mercredi 16 novembre 2005

Les thèses de Girard dans "Le bouc émissaire".

Une version imprimable de cet article est disponible ici.

Cet article présente de façon synthétique et articulée les thèses défendues par René Girard dans son livre "Le bouc émissaire". Il s'agit d'une version courte et condensée de l'article déjà publié Introduction au bouc émissaire. Ce texte est une interprétation du texte de Girard, pas un résumé analogique. Il reconstruit la structure de l'argumentation de l'auteur.

La thèse de René Girard dans ce livre est de trouver le mécanisme unique expliquant le déclenchement et la résolution des persécutions collectives. Une persécution collective est définie comme des violences commises directement par des foules meurtrières à l'encontre d'un groupe minoritaire. Pour expliquer ce phénomène il faut :

  • 1. Caractériser les conditions de déclenchement de la persécution.
  • 2. Caractériser les conditions de son déroulement.
  • 3. Caractériser les conditions de sa résolution.
  • Montrer en quoi les points 1., 2. et 3. peuvent s'expliquer par un principe (mécanisme) unique.

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1. Les causes de déclenchement des persécutions.

Il y a une cause qui explique génétiquement les persécutions : l'indifférencitaion. Depuis celle-ci on peut déduire la cause du déroulement, et celle de la conclusion de la persécution (qui seront 2. l'accusation et 3. les traits victimaires). Le mécanisme régulateur des persécutions est celui du "bouc émissaire", du "sacrifice", et son mécanisme explicatif est la mimesis d'appropriation.

l'indifférenciation

La cause du déclenchement de la persécution est l'aplatissement des ordres culturels, ou "état d'indifférenciation". Un état d'indifférenciation se caractérise par une perte de pouvoir des institutions sociales, une perte de leur légitimité, et un arrêt de leur fonctionnement. La conséquence directe de cela est un effacement des hiérarchies sociales : les institutions sont le garant des hiérarchies sociales, et d'une autorité qui les fait respecter. Quand cet ordre social est perturbé, cela signifie que les mécanismes de reconnaissance sociale ne sont plus effectif : l'identité sociale de chacun cesse d'être un donné. La raisons pour lesquelles chacun tient tel rôle particulier dans la société cessent d'être évidentes. Il y a donc une situation où "chacun devient le stric égal de l'autre, "le même" que n'importe quel autre membre du groupe". C'est un état d'in-différenciation entre les personnes. Un état de crise mimétique (Voir l'article sur "des choses cachées depuis la fondation du monde"). Pourquoi cela pose-t-il problème pour la société?

La première raison est que la fonction de médiation des conflits n'est plus remplie par les institutions : chaque membre du groupe se trouve confronté à tous les autres sans régulation extérieure. En d'autres termes : cette situation correspond à une situation de rituel où sont levés tous les interdits. (Voir l'article sur "des choses cachées depuis la fondation du monde"). L'indifférenciation est donc une situation éminement conflictuelle, donc menaçante pour la société.

La seconde raison est que l'indifférenciation signifie la fin de la culture. La culture est définie par Girard comme un système d'échange. Or la notion d'échange n'a de sens que si le système d'échange présente des différences donnant un sens à celle-ci. Dans un état d'indifférenciation, c'est-à-dire de "mêmeté" généralisée, l'échange n'en a plus aucun. L'indifférenciation met donc en péril la société par la situation conflictuelle qu'elle engendre.

Le seul dénominateur commun des hommes dans cette situation est leur désunion. Cette désunion provient du fait que les désirs ne sont plus médiatisés : le mécanisme de la mimesis d'appropriation fonctionne sans entraves. Les hommes sont plongés dans une situation d'uniformité au sein de laquelle ils vont valoriser toute possibilité de différenciation, puisqu'elle est le mécanisme permettant de sortir de la crise mimétique (Voir l'article sur "des choses cachées depuis la fondation du monde"). Cette résolution de la crise s'opère par la différenciation du groupe vis-à-vis d'une victime qui sera sacrifiée.

Note : il est à noter que Girard associe la cause du déroulement et de la conclusion de la persécution à celle de son déclenchement. Autrement dit la persécution ne se déclenche qu'avec l'apparition de l'accusation et des traits victimaires (développés juste après). Cette structuration nous semble cependant inutile dans la mesure où l'indifférenciation correspond à un état de crise mimétique, qui contient en elle-même les conditions de son déroulement et de sa conclusion, comme montré dans son anthropologie fondamentale.

2. Les conditions du déroulement de la persécution.

l'accusation

Ce que l'indifférenciation explique donc c'est qu'un état de crise des institutions fait émerger une situation de violence généralisée, qui suit le fonctionnement des crises mimétiques décrites par Girard dans son anthropologie fondamentale. Il reste à expliquer comment évolue la situation de crise. Structurellement, on retrouvera ici le même schéma que dans le déroulement d'un rituel, au sens défini par Girard.

L'accusation remplit une fonction précise : donner une valeur explicative au bouc émissaire concernant la crise que la société traverse. Pour que son sacrifice soit une résolution, il faut pouvoir croire qu'il est responsable de cette crise. En l'accusant, cela prend son sens. Les accusations seront donc logiquement liées à des crimes fondamentaux : aux interdits. Un bouc émissaire sera toujours, pour qu'il ait valeur explicative de la crise, accusé d'avoir transgressé les interdits.

Pour que cette accusation apparaisse sensée, il faut néanmoins un autre élément : pouvoir expliquer qu'un petit groupe soit responsable de la totalité de la crise. Cela se produit par le moyen d'accusations stéréotypées. Une accusation stéréotypée concerne un interdit fondamental : parricide, inceste, meurtre, etc. Ces interdits sont tellement puissants qu'ils ont une force explicative automatique. Ils polarisent automatiquement la violence sur celui qui en est responsable, car la transgression d'un tel interdit met la société même en danger. Le meurtre est un exemple évident. Il s'agit là d'un postulat empirique formulé par Girard.

3. Les conditions de conclusion de la persécution.

les traits victimaires

Ici aussi, une seule cause nécessaire et suffisante à la conclusion de la crise. Il suffit d'expliquer comment s'effecture la sélection d'un groupe minoritaire précis. Girard postule qu'elle ne se fait pas au hasard, mais selon des caractéristiques très précises. Ces caractéristiques sont les traits victimaires. Les traits victimaires sont définis comme des caractéristiques a-normales possédées par un groupe au sein d'une société. Cette anormalité a pour conséquence de faire subsister ce groupe hors de l'état d'indifférenciation : il est le seul à avoir conserver une reconnaissance sociale au sein de la crise mimétique. Il peut s'agir d'une différence culturelle, physique, ou même de réputation, peu importe.

La polarisation de la majorité contre la minorité est alors automatique et suit les règles de résolution des crises mimétiques. Le groupe sélectionné pour ses traits victimaires est symboliquement l'antagoniste mimétique. Il est l'obstacle à l'obtention de la ressource désirée : la différenciation. Son élimination constitue donc une résolution du conflit et un retour à la normale. Le mécanisme victimaire est alors totalement respecté. La résolution de la crise prend donc place dans le massacre de la minorité, qui fait office de sacrifice. (Voir l'article sur "des choses cachées depuis la fondation du monde".)

La persécution se résorbe donc dans le massacre d'une minorité, qui tient lieu de sacrifice d'un bouc émissaire. Puisque ce groupe minoritaire a reçu valeur explicative de la crise d'indifférenciation grâce aux accusations, son massacre est une condition suffisante à recréer des conditions de différenciation sociale. La société éprouve alors la reconnaissance du pouvoir du bouc émissaire restaurer une unité perdue, et s'attachera, dans cette nouvelle union, à remettre en route les institutions garantes des interdits censés empêcher de telles crises.

4. Le principe explicatif des persécutions.

la mimesis d'appropriation

Le principe unique permettant d'expliquer le démarrage d'une persécution quand une crise d'indifférenciation traverse la société, c'est la mimesis d'appropriation. Une indifférenciation résulte dans l'effondrement du fonctionnement des institutions sociales. Logiquement, cela correspond comme nous l'avons précisé plus haut, à une situation de crise mimétique, où les interdits sont levés. Ainsi qu'il a été montré dans l'anthtropologie fondamentale de Girard (Voir l'article sur "des choses cachées depuis la fondation du monde".) la mimesis d'appropriation engendre le conflit lorsque la fonction médiatisante des interdits disparaît.

Le mécanisme unique expliquant le déroulement, toujours semblable, des persécutions, est celui du bouc émissaire. Le bouc émissaire est la victime choisie (voir points 2. et 3.) dans le rituel. Il y a ici un apport théorique de Girard par rapport à la description des rituels qui se déroulent à l'intérieur d'un sous-groupe de la société : la victime n'est plus choisie au hasard. Il ne s'agit plus ici d'un simple mécanisme de substitution des antagonistes : la victime doit prendre un sens au niveau social entier, on doit pouvoir expliquer en quoi sa suppression a pour fonction un retour à la normale. Autrement dit pouvoir justifier sa capacité à expliquer les maux à l'origines de l'indifférenciation. Le fait de conceptualiser la victime comme bouc-émissaire permettra de comprendre pourquoi elle joue un rôle si particulier dans la création de l'ordre social. Nous envisagerons dans un prochain article la fonction ambivalente du bouc-émissaire, expliquant sa puissance, qui est celle, pour la société, d'être à la fois responsable des maux et des solutions à ceux-ci.

lundi 31 octobre 2005

La pensée de René Girard sur base des Choses cachées depuis la fondation du monde

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Une version imprimable de ce texte est disponible ici.

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Le but de ce texte est d'être une synthèse articulée et condensée de l'anthropologie fondamentale de Girard, en ce compris le premier chapitre du livre. Nous avons attaché un soucis particulier au travail de définition des concepts et de la fonction de chacun dans le développement de la théorie. Le lecteur trouvera, situées dans les notes en bas de pages, des précisions et des exemples sur les concepts introduits, ainsi que des remarques de méthode.

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La thèse de René Girard vise à trouver le principe explicatif de la diversité des cultures. Sa prétention est de réduire la multiplicité des phénomènes culturels à l'unité d'un principe.

But : trouver un principe unique permettant d'expliquer toutes les cultures 1.

Nous avons donc besoin de trois éléments pour remplir cet objectif :
1. de désigner ce principe
2. de désigner en quoi consiste la diversité des cultures
3. de montrer comment le point 2. peut s'expliquer entièrement par le point 1.

1. Le principe unique

Girard reconsidère cette question de la réduction à un principe unique, et propose une solution.

Quel est ce principe ? La mimésis d'appropriation : l'imitation d'un comportement d'appropriation d'une ressource, parce que cette ressource est déjà désirée 2. [(p.14), point A]

Exemple type : désirer la même femme ou le même homme génère immédiatement une violence entre les prétendants. Désirer le même poste au sein d'une administration met les personnes en conflit. De façon générale, désirer une même ressource unique provoque le conflit3.

La démonstration de la validité de ce principe se base sur des faits expérimentaux 4.

Ces comportements d'appropriation simultanés vont créer des conflits au sein de la communauté. Conflit pour les femmes les plus en vue, pour le territoire le mieux placé, la meilleure nourriture, etc.

Le conflit émergeant d'une mimesis d'appropriation est appelé un conflit mimétique.

Toute communauté a donc pour souci de réguler les conflits mimétiques, issus de la mimesis d'appropriation, c'est-à-dire d'empêcher la guerre de tous contre tous.

2. La diversité des cultures : les interdits et les rituels

La diversité des cultures consiste, pour la sociologie et l'ethnologie, en deux grands piliers des sociétés humaines : l'interdit et le rituel.

L'interdit est une règle que s'impose une communauté.

Le rituel est un comportement de groupe qui consiste à violer tous les interdits.

Le rituel est un état de conflits mimétiques étendus à toute la société, où tous les interdits sont levés, qui se conclut par le sacrifice (symbolique ou non) d'un membre de la communauté ou d'un animal. On parle de crise mimétique 5.

3. Réduire les interdits et les rituels au principe unique

Les interdits et les rituels, deux grands piliers de la cultures, ont justement pour fonction de réguler la violence des conflits mimétiques. Si bien qu'il se présentent tous deux comme une solution différente au problème des conflits mimétiques au sein de la communauté, conflits issus de la mimésis d'appropriation.

a) les interdits

« Il n'y a pas d'interdit qui ne se ramène au conflit mimétique, dont nous avons défini le principe dès le début de nos recherches » 6.

L'interdit a pour fonction de prévenir toute mimesis d'appropriation.

Quelle preuve en avons-nous ? Cette preuve repose aussi bien sur l'aspect cohérent que propose la théorie girardienne mais surtout sur les faits observés dans les sociétés primitives. Bon nombre d'interdits sont considérés comme absurdes (c'est-à-dire non explicable) par les théories classiques. L'interdit des miroirs, des reflets, des jumeaux sont des exemples d'interdits qui étaient difficilement explicables dans les théories classiques. Si l'on considère la mimesis d'appropriation, ces interdits deviennent rationnels.

L'interdit se ramène, logiquement et empiriquement, à ce principe unique qu'est la mimesis d'appropriation.

b) les rituels

Le rituel a pour fonction de réguler le conflit mimétique
1. en créant une victime considérée comme la cause désignée de la violence dans la communauté et
2. en expulsant la cause désignée de la violence hors de la communauté au moyen de son sacrifice.

Cette expulsion est nommée le sacrifice victimaire. On parle également de victime sacrificielle.

Deux questions se posent :
1. Comment en arrive-t-on au sacrifice ?
2. Pourquoi le sacrifice victimaire résout-il le problème de la violence des conflits mimétiques ?

1. Comment en arrive-t-on au sacrifice ?

Le rituel lève tous les interdits, donc les rivalités sont exacerbées puisque tous les membres de la communauté ont accès à tout et à tous : il n'y a plus de régulation entre les rivaux, les interdits ne peuvent plus remplir leur fonction. Dans cette situation, le problème n'est plus l'objet mais l'autre. Le conflit se polarise sur autrui. En l'absence d'interdits, chaque rival réalise que c'est l'autre qui pose problème, puisque ce que les interdits faisaient, c'était garder chacun à distance l'un de l'autre. Ici tous les rivaux sont en contact. Ils sont donc un problème pour chacun d'entre eux.

Il y a donc une substitution de l'objet par l'antagoniste : Girard appelle cela une substitution mimétique d'antagoniste. On déplace l'objet vers l'antagoniste. Cela signifie qu'on veut être à la place de l'antagoniste (des autres antagonistes). On passe d'une situation triangulaire (antagoniste – objet – antagoniste) à une situation binaire (antagoniste – antagoniste) : l'opposition directe n'est plus médiatisée par l'objet. Nous passons d'une mimesis d'appropriation à une mimesis de l'antagonisme, où l'on veut être à la place de l'autre.

Pourquoi dans ce contexte, se crée-t-il une opposition de tous contre un ? Girard postule un principe de contagion. Tout comme dans la mimesis d'appropriation (MAP), plus le nombre d'individus désirant la même chose est élevé, plus grande est l'attraction de cet objet pour les autres. Dans la mimesis de l'antagonisme (MAG) le même principe de contagion est effectif. Plus le nombre d'antagonistes opposés à un autre est élevé, plus grande sera la tentation pour les autres de s'opposer à ce même antagoniste choisi par les autres. Cette spirale, cette contagion, va donc aboutir à la situation d'une opposition de tous contre un.

2. Pourquoi le sacrifice victimaire résout-il le problème de la violence des conflits mimétiques ?

La communauté se retrouve au final de nouveau unie contre un même obstacle, le dernier antagoniste contre lequel tous se sont opposés. Dans le sacrifice de celui-ci, la communauté se persuade qu'il était la cause de tout le mal à l'oeuvre en son sein. Se retrouvant soudainement privée d'adversaire, la communauté se réconcilie avec elle-même. « Le retour au calme paraît confirmer la responsabilité de cette victime dans les troubles mimétiques qui ont agité la communauté » 7. De nouveau se produit une unification, la communauté se retrouve à nouveau soudée.

Conclusion

Girard montre comment du principe anthropologique de la mimesis d'appropriation, on peut réduire aussi bien les interdits que les rituels. Tous deux sont une réponse différente au même problème du conflit mimétique issu de la mimesis d'appropriation. Les interdits séparent les antagonistes potentiels ; les rituels les réunissent à nouveau dans le sacrifice d'une victime.

Le sacrifice victimaire a un effet saisissant sur la communauté puisqu'elle passe de la division violente la plus totale à la réunion pacificatrice dans le sacrifice. Sur base de ce sacrifice, la communauté s'efforcera d'interdire les comportements qui ont mené au désordre d'une part, et de reproduire le rituel pacificateur avec son sacrifice d'autre part. En ce sens, c'est le sacrifice victimaire, sur fond du problème anthropologique de la mimesis d'appropriation, qui fonde et les interdits et les rituels, c'est-à-dire la culture.


Quentin Delval & Stéphane Zampelli
quentin_delval@amha.be
stephane_zampelli@amha.be



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1 Pourquoi cette recherche d'unité pose-t-elle problème ? Car l'état de la question nie la possibilité d'une telle réduction. Et l'état de la question est dominé par le point de vue du structuralisme.

Le structuralisme défend la thèse que le sens de chaque signifiant dépend d'un autre pour un système culturel particulier, et qu'il est donc impossible de définir leur sens de l'extérieur de ce système culturel. Les systèmes culturels sont incommensurables : on ne peut trouver une unité de mesure unique qui permettrait de les comparer.

Le structuralisme pense donc comme impossible la réduction des cultures à un principe unique. En particulier, les concepts comme humanité, religieux, culture ne peuvent être réduits à un principe unique transculturel. On ne peut penser le religieux en tant que tel, ou l'homme en tant que tel, mais toujours dans une culture particulière.

La thèse du structuralisme s'oppose essentiellement à la thèse de René Girard.

2 La mimesis d'appropriation est un postulat anthropologique. Il défend l'idée que l'on désire une chose parce qu'autrui le désire. Autrement dit, ce serait parce que quelqu'un désire autre chose qu'on la désire aussi. Ce postulat demande vérification expérimentale et semble trouver écho dans les expériences menées en psychologie, notamment chez les enfants.

Conséquence : la violence n'est pas conditionnée par la disponibilité des ressources. Ce n'est pas parce que l'on pourrait imaginer un modèle où toutes les ressources sont disponibles en infinité, c'est-à-dire où la probabilité que deux personnes désire une même ressource est infime, que la question de la violence est résolue.

Girard défend l'idée que la mimesis d'appropriation est inhérente à toute communauté.

Naturellement la mimesis peut provenir d'une raison fortuite également, c'est-à-dire que deux personnes peuvent converger vers un même objet fortuitement.

3 Cette compréhension de l'imitation est originale. Selon Platon la mimesis n'est pas appropriative, elle n'est imitation que de l'image, du comportement, des représentations et pas des intentions. Cette vision de l'imitation empêche de considérer les comportement d'appropriation comme étant imitables.

4 Avec quelle méthode René Girard va-t-il prouver que ce principe de mimesis d'appropriation est bien le principe réducteur de la diversité des cultures ? La méthode démonstrative qu'utilise René Girard relève de l'hypothèse scientifique, dans le sens où elle utilise la méthode hypothético déductive des sciences. Il ne s'agit pas d'une réflexion métaphysique a priori. Le principe a valeur d'hypothèse et il s'agit de le vérifier empiriquement à partir des données des sciences humaines. Autrement dit, la question est de savoir si la théorie de René Girard résiste à l'épreuve des faits matériels des sciences humaines. La validité de la thèse de René Girard repose sur la falsification.

Cette possibilité de la falsification est une remarque importante car il échappe à l'objection faite à la psychanalyse formulée par Popper selon laquelle la psychanalyse n'est pas falsifiable.

5 Exemples d'interdits :

1. Interdit de meurtre, d'incestes, etc.

2. Interdit de toute conduite imitative, copier les gestes, répéter les paroles.

3. Interdit des miroirs, des images des personnes.

4. Interdit des jumeaux.

5. Interdiction du théâtre.

6. Interdiction de toutes les images.

Les rituels peuvent être très variés, mais se représentent le mieux en de sorte de bagarres généralisées, où tous les interdits sont levés. On peut forniquer avec toutes les femmes, commettre l'adultère, imiter les membres de la communauté, etc. Ils se terminent en général par le sacrifice (symbolique ou non) d'un membre de la communauté ou d'un animal.

6 p.28.

7 p.42.