La philosophie effective chez René Girard

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jeudi 17 janvier 2008

Le parasitage du langage courant.

Ca fait déjà un certain temps que je ne trouve pas vraiment de contenu viable pour le site. En cause : l'infinité des exemples potentiellement intéressants, et l'aspect pluridisciplinaire des analyses à faire. Il est frappant, par exemple, quand on écoute et qu'on lit les débats autour du comportement du président français, de voir que la presse se débat avec son propre comportement mimétique. Que ce soit dans le cas de l'accident des deux jeunes en mini-moto, de la vie privée de Sarkozy, ou du déroulement des conférences de presse, on assiste à une rapide baisse de qualité de fonctionnement du système d'information. Plus influençable par les manipulations de ceux qui, au lieu d'être sujet de l'info en deviennent les producteurs, plus partiale dans l'analyse des faits, plus divisée dans le silence en face d'absurdité de langage et de comportement du président... La sensation d'une crise d'indifférenciation maintenue sous cloche se fait sentir.

On peut aussi multiplier les cas amusants, comme celui des basketteurs de la NBA pris pour cibles par les fans, ce qui semble surprendre tout le monde. Ou parler du durcissement envers les conditions d'exclusions de certaines catégories de personnes, notamment les prisonniers, ou les étudiants.

Tous ces exemples, et bien d'autres, auraient pu faire l'objet d'un billet séparé détaillant comment la mécanique sacrificielle contribue à leur évolution. Il me semble plus intéressant de voir qu'ils participent tous à une même logique, qui est celle, à tout le moins, d'une transformation institutionnelle. Laquelle est interprétée par mes soins comme un affaiblissement de l'institution sous le poids du sacrificiel. Le cas du comportement de la presse française est emblématique, quand, pris dans son ensemble, on se rend compte de la métamorphose que lui impose celle du monde politique (main dans la main avec l'économique, dans ce cas). La fonction de médiation de l'institution est affaiblie ou perdue dans la majorité des cas. La presse ne fait pas son travail d'information, avec un regard critique et comparé, ni avec mémoire du passé : elle se réduit dans bien des cas à une simple ressource partagée manipulée par un pouvoir supérieur à d'autres. La justice, ensuite, se modifie dans beaucoup de domaines en allant vers l'exclusion plus simple et rapide de certaines catégories de personnes. La famille nucléaire voulue par le vingtième siècle, aussi, ne médiatise plus l'apprentissage du désir de consommation, comme on le cas des basketteurs américains en est un symbole.

Et alors, dira-t-on, et alors ? C'est bien là qu'est le problème, il n'y a pas d'alternative visible au déroulement des choses. Pire : plus les évènements vont dans ce sens, plus on en redemande. Ce qui, intuitivement, me semble correspondre à l'affaiblissement d'une autre institution, fondamentale, elle : le langage. Jusqu'ici plus ou moins préservé d'un monopole du sens dans le domaine public (en opposition au "privé"), il semble que les grands États de ce monde soient décidés à appliquer une stratégie de contrôle de la production du sens des mots, à leur avantage. Autrement dit, les espaces de discussion et les temps de remise en question des mots sont plus rares, plus courts, plus univoques. Le sens s'impose comme unique et le fragment d'information comme l'Information elle-même. On pourra nommer les stratagèmes comme l'on veut (saturation de l'espace visuel et conceptuel, arguments d'autorité, etc.), peu importe. Il est par contre devenu objectif que l'ambiance des discussions (sur le) publiques ressemble à un jeu de pitres, voire de lego vocal, où chacun, pris par un emballement, joue son rôle dans la mascarade. Toujours au niveau de l'anecdote, on trouvera notamment un exemple assez vicieux de ce phénomène dans la récente "attaque" contre Alain Badiou dans les pages de Libération.

D'où une question qui émerge : la théorie mimétique peut-elle rendre compte des distorsions du langage et penser une éventuelle solution à ce type d'emballement très invisible ? Quand l'exclusion se joue au niveau des concepts eux-mêmes, quels outils procure-t-elle ?

jeudi 23 novembre 2006

Le désir linéaire - définition, nature, exemples.

Cet article propose de réfléchir à la possibilité d'éprouver un désir linéaire, c'est-à-dire non médiatisé, et donc non-mimétique. Comment caractérisé un tel désir ? De quoi est-il constitué ? Qu'implique-t-il ? Quels sont les exemples de désir linéaire que nous connaissons ? Je propose quelques éléments pour répondre à ces questions.

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jeudi 28 septembre 2006

Violence et Islam, un thème qui s'institutionnalise.

Depuis 2001, l'opinion, relayée et formatée par les médias de tous types, évolue lentement vers la construction d'une idée qui se répend aujourd'hui à grande échelle : l'Orient et l'Occident sont en opposition, en conflit des civilisations. Très récemment, ce sont les propos du Pape qui ont donné lieu à la relance du débat sur "la violence et l'Islam". Courrier International en faisait la une de son édition de la semaine passée. Pourtant on ne trouve nulle part de réelle explication des raisons de fond de cette opposition. Pourquoi a-t-on "chez nous" tendance à penser que l'Islam favorise plus la violence que la chrétienté ou la laïcité ? Pourquoi observons-nous que les immigrés les moins "intégrés" (selon les standards établis par les gouvernements) sont les musulmans ? Pourquoi la différence de religions génère-t-elle tant de perturbations ? Les seules réponses, peu convaincantes, que la presse ressert toujours, sont des citations du Coran incitant à la guerre sainte. N'y a-t-il pas d'autres pistes pour comprendre ?

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jeudi 8 juin 2006

La presse et la mimesis.

On parle de plus en plus, que ce soit dans la presse elle-même ou sur les blogs, de la "dérive de la presse", des dangers de son emballement, de la précipitation et des confusions qu'elle induit dans le traitement d'affaires importantes. On se questionne sur son impact, sa capacité à déterminer l'évolution du cours des choses, alors qu'intuitivement les journalistes sont là pour informer, rapporter des faits, et, s'ils en fournissent une interprétation, celle-ci doit être documentée et argumentée. En gros : ne pas faire de propagande ou de diffusion de (potentiellement) fausses informations, d'où l'exigence de comparaison des sources, vérifications, argumentations. Un article récent sur le sujet est disponible chez Humus Numericus par exemple, qui traite de l'emballement au sujet de Ségolène Royal. D'autres moments forts et récents ont connu la même situation : affaire Clearstream, affaire Outreau, émeutes (qu'on se refuse d'ailleurs toujours à qualifier ainsi dans la presse) à Paris et toute la France... Pour n'en citer que quelques uns (il y a aussi le CPE, etc.).

La question que tout le monde se pose est simple : mais qu'est-ce qu'il se passe ? Comment décrire le phénomène d'emballement, son mécanisme ? Comment le comprendre, l'interpréter, le prévoir, le critiquer ? En bref : le contrôler ? Il y a des réponses avancées de toutes parts : c'est notre société de consommation et de spectacle qui transforme la presse en "show", c'est l'obligation de rentabilité qui conjointement à cette consommation oblige à créer des scandales pour vendre (les gens adorent les scandales, j'y reviendrai), ou c'est un mécanisme de pompe qui s'auto-alimente, selon lequel parler de quelqu'un conduit à augmenter sa visibilité et donc le rendre artificiellement crédible, ce qui renforce ensuite le fait qu'on en parle encore plus, etc. ; bref, si on passe sur les théories du complot de manipulation des médias, les raisons sont globalement de dire que notre système actuel, en partie à cause de l'économie, des lecteurs/spectateurs, et de la mode du moment, crée des aberrations dans le monde de l'information. Mais ces explications ne permettent pas vraiment de comprendre ce qui est en jeu dans ces emballements de la presse, ni de savoir s'il s'agit d'une nécessité ou de hasards successifs, ni de savoir s'ils arrêteraient de se produire si on réformait l'économie ou l'éducation des lecteurs. Où agir pour éviter ce que tout le monde qualifie de "dérives de l'information" ?

Bien évidemment l'idée proposée ici est de voir si une approche girardienne, disons plutôt mimétique - en ceci qu'elle prend en compte dans sa description et son interprétation des phénomènes le fonctionnement d'un mécanisme mimétique -, est capable d'accroître notre compréhension de ce qu'il se passe : les causes ainsi que le processus menant aux effets, en qualifiant la fonction de ceux-ci. Le programme est donc :

  • Peut-on mieux décrire ?
  • Peut-on mieux interpréter (trouver un mécanisme) ?
  • Peut-on mieux comprendre (déterminer la fonction des phénomènes) ?

I. Peut-on mieux décrire ?

Comme je viens de l'écrire, savoir ce qu'il se passe au juste semble difficile, parce qu'on ne sait qu'a posteriori s'il y a eu emballement, diffusion d'informations dont les sources n'ont pas été vérifiées, bref, abus. Sur le moment même l'absence de recul ne permet pas de savoir si ce qui est communiqué relève de la "bonne" information ou du début d'un emballement. Dominique de Villepin a souvent mis ce point en avant dans l'affaire Clearstream en demandant à la presse de respecter une temporalité plus longue pour pouvoir être critique sur les sources d'information. On retrouve aussi cela dans l'affaire d'Outreau où, à la hâte, beaucoup de journalistes ont présenté comme évidente la culpabilité des prévenus (ce qui est souvent le cas dans la presse pour toute affaire touchant à des actes considérés comme "crapuleux", j'y reviendrai aussi). Dans le cas des émeutes, les "jeunes", auteurs de "violences urbaines", ont eux aussi été réduits à un cliché rapide.

Toutes ces réactions ont pourtant ceci en commun : elles sont caractérisées par une polarisation mimétique très forte autour de leur objet. Que ce soit dans le cas de Ségolène Royal, de Clearstream, des banlieues, ou d'Outreau, le mécanisme est similaire. La pression s'exerce autour de l'objet (que ce soit dans un sens positif ou négatif) dans un effet boule de neige (ou de "pompe qui s'auto-alimente" comme l'écrit Humus Numericus), qui n'est autre qu'un mécanisme de contagion mimétique. Plus un nombre élevé de gens sont persuadés d'une opinion, plus un nombre élevé d'autres gens les rejoignent. Mieux encore : plus la presse présente (que ce soit le cas ou non) un objet comme étant la cible d'un nombre élevé de désirs envers lui (c'est-à-dire de gens ayant la même opinion à son sujet), plus le nombre réel de gens s'y accordant augmente. C'est peut-être là une des forces de la presse de par son statut, son autorité naturelle : elle n'a aucun mal à présenter un objet comme étant désiré par tous, comme étant un pôle de mimétisme. Elle a le pouvoir de créer la polarisation mimétique. Pourquoi ? Peut-être à cause de ce que "la presse" présuppose, c'est-à-dire la vérification des informations, son sérieux, qui présente ce qu'elle dit et imprime comme des certitudes, et c'est là un mythe qui a la peau dure.

Pouvons-nous mieux décrire le phénomène ? Il me semble que oui, c'est une simple contagion mimétique répondant à toutes les conditions de ce phénomène, tel que décrit dans l'anthropologie de Girard. Ceci ne nous explique pas pourquoi elle se produit, et c'est le point suivant :

II. Pouvons-nous mieux interpréter ?

Cette question est donc celle de savoir comment s'enclenche le mécanisme, c'est-à-dire de savoir quel est le mécanisme. Bref rappel : l'anthropologie de Girard nous explique que la polarisation mimétique fonctionne extrêmement bien dans des situations de crise qui s'étendent à l'ensemble de la collectivité. C'est dans les temps de tension que l'on crée des boucs émissaires dont le sacrifice, réel ou symbolique, va soulager tous les individus ayant porté sur lui leur jugement. Autre rappel : le bouc émissaire ainsi désigné et sujet de la haine, de cette polarisation mimétique, a un double statut. Il est à la fois la victime, mais il a aussi le pouvoir, celui de guérir la société, par sa disparition, des maux qui l'accablent.

Or les sujets (je devrais dire objets) autour desquels la presse s'emballe ont tous la même constante : ils sont présentés comme cruciaux, fondamentaux, et potentiellement des sujets de crise. Prenons les émeutes : l'aspect de crise est évident, certains politique de droite parlant même de risque pour la France de cesser d'être la France, et qu'il fallait envoyer l'armée (je crois que c'était De Villiers). Prenons Outreau : le crime commis, avec son aspect organisé, touche à l'un des interdits les plus fondamentaux de la société, celui auquel, si on y touche, provoque a l'unanimité l'animosité contre soi. Prenons Clearstream : une crise politique à la tête de l'Etat et ce sont les fondements de celui-ci et de la confiance que lui accorde le peuple qui tremblent. Prenons Ségolène Royal : l'enjeu immense de renouvellement du PS et d'une politique alternative à celle de Sarkozy, dont tous savent (certains avec joie et d'autres avec tremblements) qu'il va influencer l'avenir, la trajectoire concrète de la France dans le monde. Tous ces sujets, et les autres sur lesquels la presse s'emballe, ne sont pas juste "importants", ils mettent en perspective le risque d'une grave crise qui va causer la perte de l'identité (émeutes), de la structure sociale (Outreau), de la crédibilité politique (Clearstream), de la stabilité de la vie quotidienne pour nous et les générations suivantes (Ségolène).

Pouvons-nous mieux interpréter ? Il me semble que oui : les sujets revêtant le masque de la crise sont tous désignés, mécaniquement parlant, pour être ceux où s'exprimera une contagion mimétique. Il ne s'y joue rien d'autre. Ce ne sont que le lieu d'une réaction sociale logique, celle de gérer les crises en cherchant comment y survivre, en appliquant la solution la plus simple, la recherche du bouc émissaire. Nous en venons au point suivant :

III. Peut-on mieux comprendre ?

A quoi ça rime, tous ces emballements, sur ces problèmes là ? On pense généralement que ça ne rime à rien sauf, probablement, à permettre à ceux qui tirent les ficelles d'y trouver un profit. On entend souvent parler de "diversions" faites par la presse, qui jette un problème sur la place publique, pour en passer un autre sous silence. En définitive ceux qui soupirent quand les français entrent pour la nième fois dans des débats virulents sur tel ou tel sujet, pensent que "quelque chose se cache" derrière cette agitation, probablement une manipulation destinée à accroître le pouvoir de quelqu'un. Bien que ce ne soit pas fondamentalement illusoire ou faux (l'histoire nous l'enseigne), un autre aspect de ces crises explique leur fécondité, leur succession bien rythmée.

Comme toute crise accompagnée d'une polarisation mimétique vers un objet, il y a une recherche de solution à la crise, qui se traduit par la recherche d'un bouc émissaire, et son sacrifice. Nous ne voyons généralement pas ce mécanisme à l'oeuvre ici car les problèmes sont tellement vastes et les intervenants qui s'échangent des arguments tellement nombreux que réduire cette agitation à une recherche de bouc émissaire paraît saugrenue. Pourtant certains l'ont déjà remarqué dans le cas le plus simple, celui des banlieues, dont Mona Chollet. Lors des émeutes une partie des débats a tourné autour de cette question de savoir ce qu'il fallait entendre par "jeune de banlieue", sur la discrimination qui en résulte, et, pour le dire simplement, sur le fait qu'on prenait cette catégorie de la population en boucs émissaires des problèmes du pays, alors qu'il y aurait beaucoup de raison de les considérer comme des victimes (la caractéristique du bouc émissaire étant sa culpabilité absolue).

Dans le cas d'Outreau, l'acharnement de la presse sur les inculpés était caractéristique de cette bouc émissarisation, qui, par la suite, s'est retournée avec autant de vigueur sur le juge qui les avait condamnés ! A propos d'Outreau, par ailleurs, il est étonnament clair de voir le mécanisme sacrificiel à l'oeuvre, dans la mesure où cette affaire a conduit l'Etat Français à créer une commission pour réformer les institutions de la justice ! Nous avons un cas clair et contemporain de création sociale par la bouc émissarisation. Mais j'en reviens à notre sujet. Prenons Clearstream : qu'est-ce que cette affaire sinon que l'on accuse les uns de vouloir sacrifier les autres ? Prenons Ségolène Royal : ici encore, bien que l'emballement soit en milieu de course, se dessine l'enjeu qui est de "choisir un camp" entre la droite et la gauche qui semble déroutées l'une comme l'autre, et plus fondamentalement incapables l'une comme l'autre, de trouver des solutions aux problèmes qui touchent les français. Cette indécision, ce combat serré entre deux figures, est bien entendu un élément contribuant à montrer que la crise est vécue comme énorme dans le pays, fondamentale. "Courrier International" a même déjà titré en couverture sur le sujet (parlant de déclin, morosité, confrontation avec l'avenir, etc.).

Peut-on mieux comprendre ? Oui, encore, si mes intuitions sont assez justes, le point de vue mimétique permet de saisir que l'enjeu de cet emballement est tout simplement la résolution d'une crise généralisée. Les effets de ces emballements sont ceux aussi à l'oeuvre dans n'importe quel rituel, que ce soit celui de la télé-réalité, du sport, ou de la discrimination. La politique n'échappe pas "à la règle du jeu" si je puis dire. La presse réagit à une pression, celle de la crise, et se fait vecteur, mécaniquement, de la polarisation mimétique sur tel ou tel objet, et vecteur de l'évolution du rituel : le sacrifice a-t-il été réalisé, est-il possible ? Quelles en ont été les conséquences ?

Conclusion

La question que tout le monde se pose alors est bien entendu celle de savoir : comment l'éviter ? Comment sortir de la crise ? C'est la réponse à dix millions ! Par contre ce que j'ai voulu argumenter ici est la chose suivante : ces emballements de la presse n'ont RIEN d'absurde, ils participent au contraire à une mécanique bien établie. Prendre en compte cette mécanique permet, si cela est fait par les bonnes personnes aux bons endroits, de prévenir aux effets néfastes qu'elle suscite, comme la discrimination des "jeunes de banlieues", etc. En d'autres termes : ne pas tenir compte de la dimension mimétique de cet emballement de la presse implique que cette dernière soit l'outil de la création d'une injustice sociale. La théorie mimétique, et partant l'anthropologie de Girard sont ici des outils puissants permettant de décrire, comprendre, et prévoir ces événements.

mercredi 10 mai 2006

Définition de l'art comme consensus mimétique ?

Deuxième proposition d'article à creuser : la possibilité de définir l'art d'après des critères mimétiques. La définition de l'art pose toujours problème aujourd'hui : les critères varient des aspects institutionnels (l'art est ce qui est exposé dans les musées / shows / galeries), aux aspects académiques (l'art est ce qui est produit en suivant un savoir faire exceptionnel), en passant par d'autres comme les critères de type anthropomorphiques (l'art est tout ce qui est expression sensée, qui est le propre de l'homme), etc.

Un premier découpage peut donc proposer deux pôles extrêmes servant à définir le concept d'art. Le premier pôle est celui de l'objet. C'est l'objet, en soi, qui est de l'art. Si tel n'était pas le cas, le sujet ne pourrait pas le voir comme tel. L'autre pôle est bien sûr celui du sujet : c'est l'individu qui détermine ce qui est artistique ou non, ce qui explique que ce qui était de l'art à telle époque cesse de l'être à telle autre. Evidemment toutes les nuances entre ces deux pôles sont possibles, jusqu'à la position relativiste qui dit que c'est une dialectique entre les deux pôles qui détermine finalement ce qu'est l'art (autant ontologiquement que factuellement).

Un second découpage synthétisant le premier serait donc le suivant : l'art est soit un transcendant soit un immannent. Soit il est purement extérieur au sujet qui l'a produit, soit il est entièrement déterminé par lui (ou les institutions comme les musées, qui comptent comme des subjectivités). La question qui se pose alors est de savoir si un point de vue mimétique peut synthétiser ces deux oppositions en un mécanisme unique. La proposition de l'article sur le sujet serait de dire que l'art est le résultat d'un consensus mimétique autour d'un objet.

Dans l'idée d'un consensus mimétique autour de l'objet, on retrouve (il faut le démontrer) en effet les caractéristiques des deux pôles : la relation à l'objet sans qui l'art ne pourrait pas exister (postion objectiviste), ainsi que l'intervention du sujet et de la communauté sans qui cet objet ne serait pas perçu comme de l'art (position subjectiviste). On sait ce que la relation à l'objet a de particulier dans la théorie mimétique : le lien direct est toujours vécu par le sujet, alors qu'il est en fait médiatisé par autrui. Partant de cette idée, on peut considérer l'objet d'art comme cet objet désiré mimétiquement. Chacun étant persuadé de la vertu de cet objet pour lui-même, alors qu'en réalité ce n'est que la mimesis du jugement des autres sur cet objet qui s'exprime dans cette appréciation.

Cela explique les changements de critères par époque, cela explique aussi la non-unanimité par époque des critères : l'art contemporain par exemple serait un beau cas d'étude dans la mesure où là, plus clairement qu'ailleurs, une scission nette s'établit entre ceux qui prétendent que "c'est de l'art" et ceux qui prétendent que ce n'est que du businesse ou de "l'inflation rhétorique". Si le réel critère de définition de l'art est un consensus mimétique autour de certains objets rangés dans cette catégorie, ces divisions deviennent logiques.

Dans cette définition beaucoup d'objets entrent dans la catégorie d'objets d'art, notamment tous les produits culturels de masse, voir les produits industriels de consommation large (que tout le monde désire, par définition). Il faudrait donc pouvoir se demander si "l'art comme consensus mimétique" permet réellement de spécifier la nature de l'art, en traitant des questions comme celle de la musique. Peut-on comparer Mozart à Lorie comme forme d'art si le consensus mimétique autour de chacun est aussi "fort" dans les deux époques ? Pour enrichir la réflexion vous pouvez m'envoyer un mail ou laisser un commentaire ici même.