Ca fait déjà un certain temps que je ne trouve pas vraiment de contenu viable pour le site. En cause : l'infinité des exemples potentiellement intéressants, et l'aspect pluridisciplinaire des analyses à faire. Il est frappant, par exemple, quand on écoute et qu'on lit les débats autour du comportement du président français, de voir que la presse se débat avec son propre comportement mimétique. Que ce soit dans le cas de l'accident des deux jeunes en mini-moto, de la vie privée de Sarkozy, ou du déroulement des conférences de presse, on assiste à une rapide baisse de qualité de fonctionnement du système d'information. Plus influençable par les manipulations de ceux qui, au lieu d'être sujet de l'info en deviennent les producteurs, plus partiale dans l'analyse des faits, plus divisée dans le silence en face d'absurdité de langage et de comportement du président... La sensation d'une crise d'indifférenciation maintenue sous cloche se fait sentir.

On peut aussi multiplier les cas amusants, comme celui des basketteurs de la NBA pris pour cibles par les fans, ce qui semble surprendre tout le monde. Ou parler du durcissement envers les conditions d'exclusions de certaines catégories de personnes, notamment les prisonniers, ou les étudiants.

Tous ces exemples, et bien d'autres, auraient pu faire l'objet d'un billet séparé détaillant comment la mécanique sacrificielle contribue à leur évolution. Il me semble plus intéressant de voir qu'ils participent tous à une même logique, qui est celle, à tout le moins, d'une transformation institutionnelle. Laquelle est interprétée par mes soins comme un affaiblissement de l'institution sous le poids du sacrificiel. Le cas du comportement de la presse française est emblématique, quand, pris dans son ensemble, on se rend compte de la métamorphose que lui impose celle du monde politique (main dans la main avec l'économique, dans ce cas). La fonction de médiation de l'institution est affaiblie ou perdue dans la majorité des cas. La presse ne fait pas son travail d'information, avec un regard critique et comparé, ni avec mémoire du passé : elle se réduit dans bien des cas à une simple ressource partagée manipulée par un pouvoir supérieur à d'autres. La justice, ensuite, se modifie dans beaucoup de domaines en allant vers l'exclusion plus simple et rapide de certaines catégories de personnes. La famille nucléaire voulue par le vingtième siècle, aussi, ne médiatise plus l'apprentissage du désir de consommation, comme on le cas des basketteurs américains en est un symbole.

Et alors, dira-t-on, et alors ? C'est bien là qu'est le problème, il n'y a pas d'alternative visible au déroulement des choses. Pire : plus les évènements vont dans ce sens, plus on en redemande. Ce qui, intuitivement, me semble correspondre à l'affaiblissement d'une autre institution, fondamentale, elle : le langage. Jusqu'ici plus ou moins préservé d'un monopole du sens dans le domaine public (en opposition au "privé"), il semble que les grands États de ce monde soient décidés à appliquer une stratégie de contrôle de la production du sens des mots, à leur avantage. Autrement dit, les espaces de discussion et les temps de remise en question des mots sont plus rares, plus courts, plus univoques. Le sens s'impose comme unique et le fragment d'information comme l'Information elle-même. On pourra nommer les stratagèmes comme l'on veut (saturation de l'espace visuel et conceptuel, arguments d'autorité, etc.), peu importe. Il est par contre devenu objectif que l'ambiance des discussions (sur le) publiques ressemble à un jeu de pitres, voire de lego vocal, où chacun, pris par un emballement, joue son rôle dans la mascarade. Toujours au niveau de l'anecdote, on trouvera notamment un exemple assez vicieux de ce phénomène dans la récente "attaque" contre Alain Badiou dans les pages de Libération.

D'où une question qui émerge : la théorie mimétique peut-elle rendre compte des distorsions du langage et penser une éventuelle solution à ce type d'emballement très invisible ? Quand l'exclusion se joue au niveau des concepts eux-mêmes, quels outils procure-t-elle ?